Toupti Loménorme

Je parle peu de mes années rémoises. Dans mon esprit elles font figure de parenthèse entre Paris, ma ville et Marseille, mon autre ville, elles sont moins marquantes que mes séjours, pourtant bien plus courts, à Rome ou à Atlanta. Car j’ai passé six ou sept ans à Reims. Ce n’est pas rien. J’y ai affiné ma connaissance de l’architecture médiévale et beaucoup fréquenté la statuaire de la cathédrale. Je la connais mieux que celle de Paris, en tout cas plus minutieusement, sinon plus intimement. La fable fantastique que je vous offre aujourd’hui est inhabituelle dans ma production, je ne peux même pas la rattacher à mes nouvelles de science-fiction. Je la suppose issue de mes rêveries autour de ce grand bâtiment gothique.

La gargouillifique existence à l’envers de Toupti Loménorme

Fantaisie gothique

L’est mort l’ont pas pu l’enterrer. Trop ptit. Pas retrouvé. Zont fouillé de la cave au grenier dans la poussière sous le semainier. Pas retrouvé. Cigi qu’avait préparé une stèle gothique d’hiver, la dernière qui lui restait, Cigi qu’aurait voulu graver en épitaphe à Loménorme « Y voyait la vie à l’envers », Cigi pleurait parmi ses pierres.

Autrefois l’était plus grand, Toupti Loménorme. L’était même gargantouille. Il était né l’aîné. Le seul. Premier et dernier. Si gros qu’a fait clater le bidon à sa mère. Grossi grossi grossi grossi gros. Pas gros idiot. Y pissait pas dans le lavabo. Y pissait par la gouttière. Dans la vie y faisait gargouille. La vie quand l’était grand et Nanatchoume et Nanamène z’étaient que deux frivoles pitchounelles. Avant qu’y rapetisse si ptit si ptit si ptit… qu’a dû se faire écrabouiller.

Gargouille c’est bien payé – surtout de cathédrale. S’est fait bâtir un beau château. Y vivait là comme un pacha avec ses amis, ses chameaux, ses nanas. Dans les jardins fleur de coco qui circoncadraient son château, Messire Toupti mesurait les centimètres de ses biceps, son tour de taille, son poitrail, devant les copines convulsionnées et les copains cois qu’en bavaient. Cocorico. Cocorico. A l’époque il était mannequin manucuré. Mensurations certifiées conformes. Dans son lit tous les soirs champagne et stromboli. Savait très parfaitement faire la tête de cake de l’emploi. L’avait eu loise de s’entraîner à tous les faciès de la terre pour se dégeler les sourcils sur les toits de la cathédrale. L’hiver. Et l’été à l’envers.

En vrai l’aimait pas trop son nouveau boulot. Regrettait quand qu’était à recracher les eaux de pluie qu’il récoltait. Disait c’est mieux d’voir la vie à l’envers. Ça pétille moins là-haut mais au moins t’y vois clair. T’as pas tant de flashes dans les châsses. T’as pas tant de maîtresses aux fesses – dis, faut assurer. Et puis lodepluie ça fait un joli bruit. « La goutte est un univers en face » il disait et Cigi d’émotion il en larmoyait.

Prétendait aussi, Toupti Lomérnorme, l’être impatient d’assister à son rapetassement suivant. Disait j’voudrais devenir tout rond – si seulement ! Pour avoir une vie pleine de rebondissements. Autant vous prévenir zallez être déçus. L’a rapetissé normal. Pas devenu rond. Juste le menton qu’a aplati un tantinet l’ovale. Personne y croyait qu’il était impatient. Pasque Toupti Loménorme le mieux qu’y faisait de tout, c’était attendre. Que la pluie cesse. Que le nuage se refasse. Que l’atmosphère s’assombrisse. Que l’orage éclatât. Que l’éclair en finisse. Que la goutte ricoche éclabousse sussurre la jolie mélodie de lodepluie. C’est pour ça qu’il était bien en gargouille.

Comment qu’est devenu gargouille…

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