Mercredi 12 août 2026
Retour au sommaire Ethiopie 2026

Retour au sommaire Ethiopie 2026
Entouré de monceaux de terre, de gravats, de pavés retournés, de flaques, le lion de Judah, emblème d’Haïlé Sélassié, tente de garder sa fierté au sommet de son obélisque. Ce n’est plus une place, c’est un chantier. Une palissade de tôle bleu roi entoure le périmètre de la vieille gare, et bien plus : un quartier en métamorphose.
On nous laisse franchir la clôture, à condition de ne pas prendre de photos. Côté ville, la façade à arcades avec son corps central surélevé, le tout recouvert de tuiles qui proviennent peut-être bien des usines de Marseille, porte une inscription double, en amharique et en français : Chemin de fer djibouto-ethiopien. En vert. Avec le rouge brique de la toiture et le jaune ocre du crépi, une discrète allusion aux couleurs de l’Ethiopie ?

Le temps s’est arrêté à 15h24, sur une horloge à plaquettes très années 80, mais la gare abandonnée garde le charme suranné de l’architecture ferroviaire Belle Epoque. La ligne Djibouti-Addis-Abeba, construite à partir de 1894 par des compagnies sucessives, reprise par les Français en 1908, atteint la capitale en 1917. Du côté des anciens quais, tout est blanc. Sous la véranda pimpante, le français voisine toujours avec l’amharique pour indiquer le sous-chef de gare et les autres services. De vieux wagons et quelques locomotives diesel ajoutent à l’atmosphère d’antan.

La concession arrivée à son terme en 2007 n’étant pas renouvelée, la ligne ferme pour être remplacée par une autre, mise en service en 2017, exploitée par une société chinoise. Le nouveau terminus est à cinq kilomètres de là.
Ici demeurent le nom, Lagare, et ce bâtiment, petit morceau d’histoire, qui abrite aujourd’hui le siège du titanesque projet immobilier « Eagle Hills ». Plusieurs squelettes de tours déjà sortis de terre portent des banderoles en anglais et en chinois, bien que le promoteur, qui n’en est pas à son coup d’essai à l’international, soit émirien (lagare.com). Quant aux employés, ils sont Éthiopiens, les cols blancs comme les ouvriers sur le chantier. Dans l’espace de présentation, aucune restriction ne nous est imposée pour observer l’immense maquette et la photographier. Au milieu de cet urbanisme au cordeau, parmi les allées plantées d’espèces identiques, d’architecture monotone et d’équipements sportifs, la minuscule gare dans laquelle nous nous trouvons est difficile à repérer.



En ressortant, nous longeons « One Eagle Hills » où une première famille vient d’emménager, à en croire un balai sur un balcon, un étendoir à linge sur l’autre, et une seule grosse cylindrée derrière la paroi ajourée du parking en rez-de-chaussée.
Quelques rues plus loin, avec une bone dose de gaz d’échappement dans les poumons, nous dépassons la gare routière pour nous enfoncer dans de petites rues bordées de cabanes de fortune devant lesquelles les femmes à la lessive et le linge au fil tentent d’oublier l’orage de la veille. Un garçon prend une bouteille de plastique vide pour un ballon. Je me demande dans quelle mesure les toits de tôle et les sols de terre protègent des pluies diluviennes.
Où sont passés les gens qui habitaient autour de « Lagare » ? Est-ce que l’extraordinaire élan de développement qui dynamise Addis Abeba prévoit des programmes de relogement ?


AUTRES CHANTIERS / RIVERSIDE PARK


