à Nadine Ribault

Carnets de lecture, 1

Extrait
Nadine Ribault, Carnets de la mer d’Okhotsk, Le mot et le reste, 2018, p. 53-54

On voyait rarement, là-bas, sur la mer d’Okhotsk, de nuages. Soit le ciel était grand, bleu et dégagé. Soit il était gris, bas, lourd et sombre. Et la glace avait le même destin : blanche et lumineuse, ou bien grise et bourbeuse. Les immenses nuages invulnérables et rapides que l’on voit sur la côte d’Opale, par exemple, n’arrivaient apparemment jamais jusque-là, quel que fût le mouvement de rotation de la Terre – sauf dans ma mémoire, certains jours où mes regards rejoignaient le passé. Il y avait alors, en surimpression, un nuage au-delà du rivage dont les longs cils de braise se recourbaient à l’infini. Cela n’arriva que les jours bleus. Quand le ciel, tellement et lourd et grisâtre, tombait presque par terre, mon imagination aurait été bien en peine de le soulever pour glisser un seul beau nuage blanc entre ce ciel et cette terre monotones. Il me semblait alors qu’un désir de nuage habitait le paysage et que ce désir et ce paysage coïncidaient au point d’atteindre à un état de puissance surhumaine, à croire que le désir se montrait soudain tel qu’il est : tellement despotique et fatal qu’un unique nuage brandi aurait fait éclater le ciel.

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