C’est parce qu’on est malheureux

Carnet de choses absurdes, 85-105

89. Est-il vrai qu’après la vie, la vie reviendra sur la terre ?

90. Et les oiseaux dans les cages ?

91. « C’est parce qu’on est malheureux, c’est difficile à expliquer, mais c’est ça, c’est le malheur qui fait faire des bêtises » (Michèle Lesbre, Nina par hasard)

92. Les femmes aussi sont enfermées : dans les codes, les maisons, les voiles.

93. « Parfois l’amour c’est mal. Sans aucun doute. Sinon pourquoi ce dégoût quand mon oncle Jean me presse contre son ventre, me susurre ma chérie, toi. Pourquoi cette honte d’être ainsi aimée, toutjours cette honte, cette faute quand on parle d’amour. Je ne sais pas si l’amour est toujours « bien » ». (Gracia Bejjani, Sobhiyé, corps de femmes)

94. Ces jours-ci ma ville est habillée par la haute couture. Toutes les maisons de mode semblent s’être donné le mot pour accorder l’angle de leur publicité. Partout sont placardées des jambes longues et court vêtues.

95. La confection de luxe est assûrément ce dont nous avons le plus besoin en ce moment.

96. Elles se montraient moins depuis quelques années, elles reviennent à l’approche du printemps, les femmes plaquées nues sur les murs de nos villes.

97. Ça s’appellerait « Tomber dans le panneau ». Tu aurais un grand panneau publicitaire – peu importe l’image, une fille ou un burger – quand tu t’approcherais, tu serais aspiré par un souffle violent qui te propulserait en travers, là tu crèves l’écran, quelque chose de mince tu vois, genre papier japonais, et derrière il y aurait un trampoline pour le fun. Alors on entendrait une bande son qui dirait : « Bravo, vous êtes encore tombé dans le panneau ! »

98. Elle prendrait la pose. L’autre aurait un appareil photo. Elle prendrait exactement la pose des filles sur les publicités. L’autre les prendrait en photo, elle en chair et celle sur le panneau. Sauf qu’elle serait habillée. Juste pour voir.

99. Elles reçoivent l’injonction d’être bien dans leur corps. Elles doivent s’aimer. Entendez-les, leur regard sur elles-mêmes compte plus que le reste. Elles le répètent assez, le regard des autres n’a rien à y voir. Il faut qu’elles se conforment à ce qui leur correspond. Elles se font refaire les lèvres, elles se font refaire les seins, un peu plus, un peu moins : au scalpel. La violence sur le corps des femmes trouve de nouvelles formes.

100. Il n’est pas question de s’accepter telle quelle.

101. Ce qui me correspond, comme elles disent.

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