Carnet de choses absurdes, 126-148
125. Passer plus de temps à choisir la police d’écriture que ce que l’on va dire.
126. La traite des êtres humains.
127. On dirait qu’il faudrait de tout pour faire un monde, des tortionnaires, des torturés.
128. Ils interdisent de chanter, car le chant n’agrée pas, disent-ils, au dieu terrible dont ils prétendent connaître et faire régner la volonté. Tels des anges à épée de feu, ils gardent la porte du paradis. Ils n’entendent jamais la voix des séraphins.
129. Comme les oiseaux ne comprennent ni leur langue ni leurs lois, ils tuent les oiseaux.
130. Ils asservissent femmes et enfants, violent filles et garçons de tout âge, achètent des corps pour le plaisir, des mains pour le travail. Ils les échangent contre des chaussures.
131. Ceux qui lisent leur ont dit que c’était permis par leur dieu.
132. On croyait avoir atteint le fond du dégoût, ne pas pouvoir apprendre plus grande ignominie. On se trompait.
133. Un enfant de sept ans fut pendu car son père n’avait pas récolté la quantité de caoutchouc requise par le colon.
134. Des personnes furent l’objet d’expériences scientifiques – l’objet.
135. Qui ne dit mot consent.
136. Génocides.
137. Y a-t-il un crime contre l’humanité plus grave qu’un autre ?
138. Est-on plus humain qu’un autre ?
139. Depuis l’Antiquité, l’esclavage est structurel à la plupart des sociétés – et pas conjoncturel. Déclarer l’esclavage crime le plus grave contre l’humanité aurait ainsi du sens.
140. La traite transsaharienne est-elle moins criminelle que la transatlantique ?
Si c’est une question de nombre, de durée, le désert l’emporte en horreur sur la mer.
Ce n’est pas une question de nombre.
141. « Il est évident qu’il y a par nature des gens qui sont les uns libres, les autres esclaves » (Aristote)
142. Il est évident qu’Aristote se trompe. Il est évident que les penseurs d’aujourd’hui, historiens et philosophes, continuent de décerner la palme d’or de la philosophie à Aristote et à Platon. Il est évident que, tant qu’on n’aura pas fait une critique essentielle de leur vision du monde et des rapports entre les hommes, tant qu’on n’aura pas éradiqué de nos têtes l’idée que « de leurs temps » c’était différent et qu’ils ont des excuses, alors les rapports de force, seuls, auront de l’effet. Il est évident que le pouvoir est le plus fort désir de l’homme et que jamais la compassion devant la souffrance d’autrui, jamais le sens moral de l’égale dignité de tous les hommes, jamais l’idée de justice ne l’emporteront. Il est par conséquent évident qu’il ne faut jamais se lasser de proclamer la justice et l’égalité. Ni avoir peur de cracher à la face d’Aristote.
143. Cela fait si longtemps que le monde est monde.
144. Au fait, un maître peut-il être bon ?
145. J’ai rencontré un homme au regard pétillant, grand, bien proportionné, au sourire franc. Le lobe de son oreille gauche était sectionné. «C’est, me dit-il, la marque des esclaves rebelles. Chez moi là-bas, en Mauritanie, quiconque me voit le sait : je me suis révolté et j’ai été puni, je suis un esclave rebelle. Et si je suis repris, je serai rendu à mon maître et qui sait ce qu’il fera de moi. Je n’aurai d’autre loi que lui.»
146. L’O.N.G. Global Slavery Index place la Mauritanie en tête de son classement pour le pourcentage d’esclaves dans la population, évalué à 4 %.
147. Ce nombre ne tient pas compte des descendants d’esclaves maintenus dans la misère et privés de droits fondamentaux.
148. Depuis son indépendance en 1961, la Mauritanie a aboli plusieurs fois l’esclavage.
..choses absurdes, à suivre…
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