Dimanche 16 août 2026
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Dans l’eau marron du Nil bleu,
à l’exutoire du lac Tana,
une petite famille de très gros animaux…
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En bateau








HIPPOPOTAMES

monastères






Dans l’eau marron du Nil bleu, à l’exutoire du lac Tana, une petite famille de très gros animaux nous observe et nous faisons de même depuis notre bateau : moteur coupé, un moment de paix. La pluie ne bat plus sur la bâche à bâbord et nous pouvons la remonter. En rebondissant, les gouttes animent la surface de leurs faibles impacts, tandis qu’une ligne brisée serpente, argentée, démarcation peut être du lac et du fleuve. Papa hippopotame montre parfois son dos gigantesque, ses énormes naseaux. Bébé vient de temps en temps respirer. Entre les deux, maman reste sur ses gardes tout le temps de notre présence, sa tête bien visible pointée dans notre direction. Je n’aurais jamais cru possible d’approcher de si près des ‘goummarés’ sans danger. Au loin file une forme allongée de la taille du bras, que notre guide présente comme un « alligator » : les fameux crocodiles, massifs et prédateurs, ne vivent qu’en aval, dans les eaux courantes. L’averse a cessé. Les oiseaux reviennent et il nous faut rentrer, dans la lumière d’orage de la saison des pluies, qui déploie depuis le matin toute sa panoplie de couleurs, brume argentée sur vert lagune, gris d’intensités variées, nuances de brun. Au loin les rives sombres de la péninsule de Zeghé, où les caféiers poussent dans les sous-bois, entre les deux monastères dont les fresques en rouge vif, en jaune, en bleu, célèbrent pour l’un l’Arche de la Miséricorde, et sainte Marie pour l’autre. Un singe sur une branche se régalait d’un pamplemousse, ses longs doigts cherchant jusqu’au fond par l’ouverture pratiquée dans le fruit, un geste qui aurait pu nous appartenir. Dans l’arbre voisin, c’était des goyaves. Ailleurs sur le Nil (Abbāyé), depuis les ponts de Bahir Dar, le nouveau et l’ancien, nous avions vu des papyrus, des nénuphars et des cormorans, des oies d’Égypte et des ibis, et les tâches noires des hippopotames, qui apparaissent et puis s’enfoncent, se distinguant aussi des rochers par la courbure arrondie de leurs formes. Le Nil, plus long fleuve d’Afrique et pourquoi pas du monde, fait confluer ses deux bras à Khartoum, le Nil blanc venu d’Ouganda et du lac Victoria, le Nil bleu qui prend ici sa source, au lac Tana sur lequel naviguent les pélicans. Près du marché aux poissons, un restaurant réputé sert le tilapia servi grillé et prédécoupé afin qu’on puisse prendre les morceaux à la main. Le samedi et le dimanche, des pédalos emmènent mères et enfants faire un tour sur l’eau. Il y a peu d’embarcations, quelques promène-touristes comme le nôtre, des tankwas en papyrus, bas sur l’eau comme des kayaks et propulsés de même à la pagaie, servant à la pêche au filet, ou à transporter des fagots, ou encore de ces herbes vert clair que les femmes répandent devant leurs étalsvde café. Je m’attendais à plus d’activité. Seul un ferry s’éloigne du port de Bahir Dar, en direction de Gondar, pendant que nous approchons au contraire du front de lac de la capitale amhara. De larges zones de verdures séparent les immeubles un peu haut et les complexes hôteliers qui donnent un air de villégiature, tandis qu’un peu plus loin les rues sont faites de boue, les murs de torchis et les toits de tôle. Avec ses deux cent mille habitants, son lac si beau et sa proximité avec la campagne, Bahir Dar est une ville qui, en apparence du moins, respire le calme.