15. Maisons de terre crue

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Vus des hauteurs de Dorzé qui surplombent le Grand Rift, les lacs Abaya et Chamo, entourés de reliefs qui s’étagent dans la brume, et séparés l’un de l’autre par un mince cordon de collines, n’ont rien à envier au lac Tana en termes de beauté. Il manque cependant un peu d’âme à la contemplation, car notre état d’esprit est très différent depuis que nous sommes partis vers le sud. Les premiers jours à Addis Abeba étaient ceux de la surprise, de la confrontation avec le regard des gens, d’une interrogation sur ce que ce voyage allait changer en nous. À Bahir Dar, la qualité de notre attention, et l’attention à nos émotions, aiguisées par l’empathie de notre guide Charri, de notre chauffeur Guedje, par la bienveillance de l’accueil que nous ont réservé les habitants du quartier natal de Marie, nous ont fait regretter d’en partir, et espérer y revenir.
Maintenant sur la route, en 4×4 avec Teddy (son beau nom de Theodoros tronqué ainsi pour ses clients), nous sommes juste des touristes. Je pense aux lignes de Mme de Staël sur la tristesse qui étreint le voyageur à l’idée que personne ne l’attend le soir, et qu’il doit faire le deuil des gens et des images à mesure qu’il les croise, sans qu’advienne de vraie rencontre.
Le plaisir de la découverte alterne avec ces sensations. La variété des paysages et des visages, la faune sauvage, les espèces cultivées et la géologie déploient sous nos yeux toute la diversité de l’Éthiopie.

Les maisons de terre crue se ressemblent d’une région à l’autre. Nous avons appris à dire bonjour et merci en quatre langues différentes, l’amharique, l’oromo, le sidamo et le dorzé. Nous avons traversé des villes dont les rues étaient aussi boueuses que les cours des maisons, baraques de terre et de tôle, tandis qu’à la campagne, surtout en altitude, l’herbe est si bien entretenue autour des masures qu’on dirait une pelouse. Tout est récupéré, notamment la bouse des vaches, le crottin des chèvres et des ânes, ce qui donne aux champs une impression de propreté. Les maisons à structure d’eucalyptus, rondes traditionnellement, rectangulaires quand on en a les moyens, sont recouvertes de terre crue mélangée, selon les régions, avec de la bouse ou de la terre de termitière. Chez les Dorzé, ce sont des huttes en bambou, hautes de douze mètres au moment de leur construction, et qui s’affaissent progressivement, leur base rongée par les termites. Au bout de quelques décennies, elle ne font plus que six mètres de haut et servent de cuisine, la famille ayant déménagé dans une hutte voisine.
Dans toutes les régions, ces maisons rondes sont compartimentées par des parois à mi-hauteur ou des paravents, qui définissent la partie où l’on dort et celle où l’on vit (mais on est plutôt dehors), l’étable où les bêtes sont rentrées la nuit, pour tenir chaud et pour les protéger des hyènes. Le foyer n’a pas de cheminée, afin que la fumée élimine les parasites du toit.
À la différence des maisons rectangulaires, elles n’ont pas de fenêtres. Il y fait très sombre, presque nuit : d’autres vies que la mienne.



Région Gamo

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