{"id":165,"date":"2024-03-22T09:39:44","date_gmt":"2024-03-22T08:39:44","guid":{"rendered":"https:\/\/laurehumbel.fr\/?page_id=165"},"modified":"2024-06-15T19:50:29","modified_gmt":"2024-06-15T17:50:29","slug":"via-chiaja","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/tous-les-articles-du-blog\/mars-2024-naples\/via-chiaja\/","title":{"rendered":"Via Chiaja"},"content":{"rendered":"\n<h6 class=\"wp-block-heading\">un personnage \u00e0 Naples, ao\u00fbt 2018<\/h6>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/laurehumbel.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/IMG_8666-1024x768.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-173\" srcset=\"https:\/\/laurehumbel.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/IMG_8666-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/laurehumbel.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/IMG_8666-300x225.jpeg 300w, https:\/\/laurehumbel.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/IMG_8666-768x576.jpeg 768w, https:\/\/laurehumbel.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/IMG_8666-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/laurehumbel.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/IMG_8666-2048x1536.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n\u2019\u00e9tais pas revenu ici depuis les fun\u00e9railles de nonna. En moi se confondent ces divers temps de mon pass\u00e9 ou plut\u00f4t ils se percutent. J\u2019ai le sentiment d\u2019\u00eatre dans cette ville pour la premi\u00e8re fois et j\u2019ai du mal \u00e0 croire que j\u2019ai pu me passer si longtemps d\u2019elle, qui m\u2019est consubstantielle. En mettant le pied dans l\u2019avion \u00e0 Roissy, je croyais partir chercher le souvenir de ma grand-m\u00e8re. En repliant les jambes entre mon \u00e9troit fauteuil et le dossier du si\u00e8ge de devant, je pensais, dans l\u2019\u00e9paisseur des nuages, \u00e0 son giron rebondi, \u00e0 sa poitrine abondante, \u00e0 ma joue d\u2019enfant dans son d\u00e9collet\u00e9. Il \u00e9tait aussi doux que la peau qui se forme \u00e0 la surface du lait quand on le fait bouillir. Il y aura bient\u00f4t dix-sept ans que nonna est morte. Il y a quatre jours que je suis l\u00e0, arpentant les rues, gravissant les collines, reconnaissant dans les fa\u00e7ades baroques le d\u00e9cor de mes vacances, le temps jadis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 chaque pas, Gina.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les rares visites au peu de famille que j\u2019ai encore ici, la d\u00e9couverte des toiles du Caravage sur lesquelles mon regard de jeune homme \u00e9tait pass\u00e9 trop vite, l\u2019ascension du V\u00e9suve dans les senteurs des yeuses, du citron, du soufre, rien n\u2019y fait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gina, \u00e0 chaque pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne m\u2019attendais pas \u00e0 sa pr\u00e9sence. Que vient-elle faire \u00e0 Naples aujourd\u2019hui avec moi, cette ville labyrinthique o\u00f9 je ne l\u2019ai pas fait venir, sur les traces de ma grand-m\u00e8re que nos amours trop br\u00e8ves l\u2019ont emp\u00each\u00e9 de rencontrer&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gina.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis install\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, via Chiaja, \u00e0 deux pas de l\u2019ancien appartement de mes grands-parents. \u00c0 l\u2019h\u00f4tel quand m\u00eame. \u00c0 Naples et \u00e0 l\u2019h\u00f4tel. Pour la premi\u00e8re fois. Le pass\u00e9 est pass\u00e9. Le pas de Gina r\u00e9sonne derri\u00e8re moi, l\u2019\u00e9cho s\u2019en r\u00e9verb\u00e8re sur les fa\u00e7ades roses, les stucs, les murs cr\u00e9pis d\u2019o\u00f9 se d\u00e9tachent parfois des p\u00e9tales d\u2019ocre, comme le temps s\u2019\u00e9caille. Par lambeaux, si on parle aux vieux des quartiers, on trouve le souvenir de ces affiches baroques, grands corps morts au crayon port\u00e9s \u00e0 bout de bras, qu\u2019avait d\u00e9pos\u00e9 sur les murs Ernest Pignon-Ernest.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nonna, morte et incin\u00e9r\u00e9e, il y a dix-sept ans. C\u2019\u00e9tait la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9, quand la nature se pose. Les couleurs sont \u00e0 maturit\u00e9. La stridulation des cigales persiste mais quelque chose, dans l\u2019air, vibre moins. La lumi\u00e8re s\u2019\u00e9paissit et mon c\u0153ur \u00e9tait lourd. La famille pleurait, bavardait, s\u2019affairait \u00e0 mi-voix. J\u2019avais fui, perclus de souvenirs, je voulais \u00eatre seul. Je roulai longtemps, cuisant dans la voiture, je sortis de la ville. L\u2019ombre et l\u2019odeur des pins, tout au long de la c\u00f4te. Le bleu du ciel, insoutenable, celui de la mer, plus soutenu, l\u2019intensit\u00e9 de la lumi\u00e8re, les rires polyglottes des derniers vacanciers, les relents de cr\u00e8me glac\u00e9e, la profondeur de ma douleur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la t\u00e9l\u00e9, les tours n\u2019en finissaient pas de tomber, souffle de poudre blanche, nu\u00e9e cataclysmique annon\u00e7ant quelle apocalypse, dans les tr\u00e9molos martel\u00e9s des commentateurs survolt\u00e9s&nbsp;? Qu\u2019est-ce que je m\u2019en foutais&nbsp;! Ai-je seulement pens\u00e9 \u00e0 Gina ce jour-l\u00e0&nbsp;? Gina qui avait d\u00fb savoir, avant tout le monde, m\u00eame si elle ne travaillait plus \u00e0 l\u2019AFP, mais \u00e0 France Info. J\u2019entendais quelquefois sa voix \u00e0 la radio. Quelle surexcitation devait s\u2019emparer d\u2019elle&nbsp;! Moi, tout m\u2019\u00e9tait \u00e9gal, New York, les tours, le reste. Nonna venait de mourir. La figure du deuil \u00e0 la t\u00eate enfouie dans ses voiles occupait tout l\u2019univers. Il n\u2019y avait pas de place pour la souffrance des autres. Il n\u2019y avait pas de place pour les fant\u00f4mes d\u2019avant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>un personnage \u00e0 Naples, ao\u00fbt 2018 Je n\u2019\u00e9tais pas revenu ici depuis les fun\u00e9railles de nonna. En moi se confondent ces divers temps de mon pass\u00e9 ou plut\u00f4t ils se percutent. 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