{"id":1474,"date":"2026-02-08T10:42:00","date_gmt":"2026-02-08T09:42:00","guid":{"rendered":"https:\/\/laurehumbel.fr\/?p=1474"},"modified":"2026-02-08T00:49:48","modified_gmt":"2026-02-07T23:49:48","slug":"a-nadine-ribault","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/2026\/02\/08\/a-nadine-ribault\/","title":{"rendered":"\u00e0 Nadine Ribault"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Carnets de lecture, 1<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-contrast-color has-text-color has-link-color wp-elements-6434e0580deb84ea7656971c16b1e6fe\">J&rsquo;aimerais me souvenir qui m&rsquo;a mis entre les mains les <em>Carnets de la mer d&rsquo;Okhotsk<\/em> de Nadine Ribault, quel \u00e9tal de libraire, quel conseil d&rsquo;ami.e. Depuis que je l&rsquo;avais lu une premi\u00e8re fois, le livre \u00e9tait rest\u00e9 sur une \u00e9tag\u00e8re proche de ma table de travail, accessible. Il avait touch\u00e9 en moi une corde parlante ; mais de ma lecture trop peu attentive je n&rsquo;avais retenu que l&rsquo;hiver dans le nord du Japon, une mer de glace, un chapitre sur des poteries anciennes.<br>Parce que je voulais envoyer un cadeau \u00e0 une amie, j&rsquo;ai cherch\u00e9 parmi mes livres lequel pourrait lui plaire : celui-ci est venu. Je l&rsquo;ai rachet\u00e9, car bien que je n&rsquo;en sache plus rien de pr\u00e9cis, quelque chose m&#8217;emp\u00eachait, ou plut\u00f4t me retenait de m&rsquo;en s\u00e9parer.<br>Alors je l&rsquo;ai relu, curieuse de ce qui m&rsquo;\u00e9tait si fort dans ce texte.<br>D\u00e8s les premi\u00e8res pages, j&rsquo;ai su qu&rsquo;il me faudrait \u00e9crire \u00e0 l&rsquo;autrice, lui dire mon \u00e9motion et ma gratitude. Plus loin, quand elle \u00e9voque sa rencontre avec Janet Frame &#8211; cette \u00e9crivaine qui a tant compt\u00e9 pour moi dans la v\u00e9rit\u00e9 du dire &#8211; le d\u00e9sir de prendre contact avec Nadine Ribault a pris corps, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il a fait passer mon corps \u00e0 l&rsquo;action, et j&rsquo;ai ouvert l&rsquo;ordinateur pour chercher une adresse sur son site, un contact chez son \u00e9diteur.<br>Nadine Ribault est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e il y a quelques ann\u00e9es.<br>Je me suis sentie esseul\u00e9e.<br>Ce n&rsquo;est pas un auteur des g\u00e9n\u00e9rations anciennes.<br>J&rsquo;aurais pu la conna\u00eetre.<br>Sa pr\u00e9sence en ce monde a \u00e9t\u00e9 \u00e9court\u00e9e.<br>Ce que je ressensn&rsquo;est pas vraiment de la tristesse. Il ne s&rsquo;\u00e9tait jamais rien \u00e9tabli entre nous. Je n&rsquo;avais pas encore r\u00eav\u00e9 de pouvoir la rencontrer. Notre dialogue n&rsquo;avait pas commenc\u00e9. C&rsquo;est l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un regret, d&rsquo;un rendez-vous manqu\u00e9. Mais les auteurs qui nous parlent ne meurent pas tout fait. \u00c0 travers leurs mots, ils continuent \u00e0 nous parler.<br>Il me resten ces carnets, et ses autres livres \u00e0 lire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-contrast-color has-text-color has-link-color wp-elements-60bf8c67e2b6a9a3c02661d382b116e1\"><\/p>\n\n\n\n<p>Extrait<a href=\"https:\/\/lemotetlereste.com\/litteratures\/carnetsdelamerdokhotsk\/\"><br><strong class=\"\">Nadine Ribault,&nbsp;<em class=\"\">Carnets de la mer d\u2019Okhotsk<\/em>, Le mot et le reste, 2018, p. 53-54<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><em>On voyait rarement, l\u00e0-bas, sur la mer d\u2019Okhotsk, de nuages. Soit le ciel \u00e9tait grand, bleu et d\u00e9gag\u00e9. Soit il \u00e9tait gris, bas, lourd et sombre. Et la glace avait le m\u00eame destin&nbsp;: blanche et lumineuse, ou bien grise et bourbeuse. Les immenses nuages invuln\u00e9rables et rapides que l\u2019on voit sur la c\u00f4te d\u2019Opale, par exemple, n\u2019arrivaient apparemment jamais jusque-l\u00e0, quel que f\u00fbt le mouvement de rotation de la Terre \u2013 sauf dans ma m\u00e9moire, certains jours o\u00f9 mes regards rejoignaient le pass\u00e9. Il y avait alors, en surimpression, un nuage au-del\u00e0 du rivage dont les longs cils de braise se recourbaient \u00e0 l\u2019infini. Cela n\u2019arriva que les jours bleus. Quand le ciel, tellement et lourd et gris\u00e2tre, tombait presque par terre, mon imagination aurait \u00e9t\u00e9 bien en peine de le soulever pour glisser un seul beau nuage blanc entre ce ciel et cette terre monotones. Il me semblait alors qu\u2019un&nbsp;d\u00e9sir de nuage&nbsp;habitait le paysage et que ce d\u00e9sir et ce paysage co\u00efncidaient au point d\u2019atteindre \u00e0 un \u00e9tat de puissance surhumaine, \u00e0 croire que le d\u00e9sir se montrait soudain tel qu\u2019il est&nbsp;: tellement despotique et fatal qu\u2019un unique nuage brandi aurait fait \u00e9clater le ciel.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group is-nowrap is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-6c531013 wp-block-group-is-layout-flex\">\n\n<\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;aimerais me souvenir&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[183],"tags":[187,184,188,185,186,189],"class_list":["post-1474","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lecture","tag-glace","tag-japon","tag-mer","tag-nadine-ribault","tag-nord","tag-nuages"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1474","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1474"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1474\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1539,"href":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1474\/revisions\/1539"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1474"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1474"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1474"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}