{"id":1718,"date":"2026-05-24T10:36:00","date_gmt":"2026-05-24T08:36:00","guid":{"rendered":"https:\/\/laurehumbel.fr\/?p=1718"},"modified":"2026-05-23T13:30:22","modified_gmt":"2026-05-23T11:30:22","slug":"au-rocher-dhospitalite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/2026\/05\/24\/au-rocher-dhospitalite\/","title":{"rendered":"Au rocher d&rsquo;hospitalit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Guernesey, 1<\/em><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Au rocher d\u2019hospitalit\u00e9 et de libert\u00e9, \u00e0 ce coin de vieille terre normande o\u00f9 vit le noble petit peuple de la mer, \u00e0 l\u2019\u00eele de Guernesey s\u00e9v\u00e8re et douce, mon asile actuel, mon tombeau probable.&nbsp;\u00bb<br><em>D\u00e9dicace de Victor Hugo aux <\/em>Travailleurs de la mer<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019occasion s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9e de partir \u00e0 Guernesey avec deux amies du <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/\">Tiers Livre<\/a>. L\u2019une d\u2019entre nous r\u00eavait depuis longtemps de voir la maison de Victor Hugo. Le moment n\u2019\u00e9tait pas le mieux choisi, je finissais un nouveau manuscrit et craignais de m\u2019en laisser distraire. Mais si l\u2019on attend toujours le bon moment, on ne fait jamais rien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En avril nous embarquons donc vers <a href=\"https:\/\/www.les-enlivreurs.fr\/2026\/05\/guernesey-01-hauteville-house\/\">Hauteville House<\/a>, vers le grand \u00e9crivain, vers l\u2019opposant \u00e0 la tyrannie, l\u2019exil\u00e9 politique victime des proscriptions d\u2019apr\u00e8s le coup d\u2019\u00e9tat de 1851, une de ces prises du pouvoir par la force dont l\u2019histoire, encore et encore, regorge. Tout en haut de la maison, nous d\u00e9couvrirons que l\u2019\u00e9critoire d\u2019Hugo fait face \u00e0 la France, que par temps tr\u00e8s clair il pouvait entrapercevoir. L\u2019espoir peut donc r\u00e9sister, mais sous la forme d\u2019un tout petit morceau de la c\u00f4te du Cotentin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Passeport en main, nous prenons le train. Notre libert\u00e9 de circulation est inappr\u00e9ciable, en ce sens qu\u2019il nous est impossible de ressentir ce que produit en soi l\u2019\u00e9loignement forc\u00e9 du lieu qu\u2019on habitait. Je ne pense pas seulement aux grands proscrits d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui, aux militants des droits humains et de la d\u00e9mocratie, mais aux foules d\u2019anonymes qui doivent fuir devant des armes, mais aussi \u00e0 ceux qui ne peuvent sortir de leurs fronti\u00e8res comme, humblement, dans mon enfance, les amis polonais de mes parents dont le voyage \u00e9tait conditionn\u00e9 \u00e0 une invitation valid\u00e9e par les autorit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hors saison, il n\u2019existe de liaisons que depuis Saint-Malo. Qu\u2019on le veuille ou non, aller \u00e0 Victor Hugo passe d\u2019abord par Chateaubriand. J. raconte comment le port formait avec la ville une continuit\u00e9. On se perchait sur l\u2019\u00e9chelle de l\u2019\u00e9cluse pour ravitailler les copains qui la passaient en voilier, entre la mer et le bassin \u00e0 flot. On allait librement boire un coup sur le remorqueur de C., avec qui on avait \u00e9t\u00e9 monitrice \u00e0 l\u2019\u00e9cole des Gl\u00e9nans et qui, elle, a fait la marine marchande. On passait comme on voulait sur la jet\u00e9e. Aujourd\u2019hui le port et la ville sont deux entit\u00e9s s\u00e9par\u00e9es, partout des barrages, des barri\u00e8res grises, des laisser-passer. La tombe de Chateaubriand sur l\u2019\u00eelot du Grand B\u00e9 est rendue inaccessible par la mar\u00e9e haute. Isolement d\u2019autant plus sublime que la mer, deux fois par jour, lui retire ce privil\u00e8ge. Nous faisons le tour des remparts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le petit logement que nous occupons pour la nuit est am\u00e9nag\u00e9 en exploitant au mieux chaque d\u00e9cim\u00e8tre carr\u00e9. En m\u2019endormant sur la couchette du haut, je me crois d\u00e9j\u00e0 sur le bateau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 l\u2019embarquement dans le gare maritime, une employ\u00e9e r\u00e9ajuste un de ces poteaux retenant les rubans qui donnent forme \u00e0 la queue des touristes&nbsp;: c\u2019est pour s\u00e9parer les flux, pr\u00e9cise-t-elle avec un sourire tir\u00e9 comme un chignon.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deux heures plus tard, Guernesey appara\u00eet&nbsp;: une barre de falaises du m\u00eame gris bleut\u00e9 que la mer, en plus mat, opposant son statisme au mouvement des courants sur lesquels des nuages immobiles et lents font tra\u00eener \u00e0 travers un ciel p\u00e2le la lumi\u00e8re du petit matin. Le bateau met le cap sur une ligne plus blanche, \u00e0 ras d\u2019eau&nbsp;: la masse de l\u2019\u00eele se prolonge d\u2019une langue plate. Saint-Pierre Port se niche \u00e0 son attache, dans les bras protecteurs de la colline abrupte.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group is-nowrap is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-f56f613f wp-block-group-is-layout-flex\">\n\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En avril nous embarquons vers Hauteville House, vers le grand \u00e9crivain, vers l&rsquo;opposant \u00e0 la tyrannie, l&rsquo;exil\u00e9 politique victime des proscriptions d&rsquo;apr\u00e8s le coup d&rsquo;\u00e9tat de 1851&#8230; Tout en haut de la maison&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1720,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"advanced_seo_description":"","jetpack_seo_html_title":"","jetpack_seo_noindex":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1718","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/laurehumbel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/260414_2-Saint-Malo-Terminal_Ferries_La_Veille-1.jpeg","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1718","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1718"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1718\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1755,"href":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1718\/revisions\/1755"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1720"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1718"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1718"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1718"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}