{"id":1765,"date":"2026-06-10T16:58:49","date_gmt":"2026-06-10T14:58:49","guid":{"rendered":"https:\/\/laurehumbel.fr\/?p=1765"},"modified":"2026-06-10T16:58:49","modified_gmt":"2026-06-10T14:58:49","slug":"la-liberte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/2026\/06\/10\/la-liberte\/","title":{"rendered":"La libert\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong><em>Guernesey, 3<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/laurehumbel.fr\"><strong>RETOUR \u00c0 L&rsquo;ACCUEIL<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/guernesey\/\"><strong>TOUS LES TEXTES SUR GUERNESEY<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/www.les-enlivreurs.fr\/category\/ailleurs\/guernesey\"><strong>Guernesey par Juliette Derimay<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\">Chez Victor Hugo, 38 rue Hauteville \u00e0 Saint-Pierre-Port, sur l\u2019\u00eele de Guernesey.<\/h6>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fa\u00e7ade fait croire \u00e0 une maison sage. Du jardin \u00e9mane une tranquillit\u00e9 bourgeoise. Peu l\u00e9ch\u00e9, avec un palmier d\u00e9plum\u00e9 \u2013 il fait beau, dans le ciel passent de minces nu\u00e9es. Des arbustes bourgeonnent, du jaune, du vert tendre \u00e9clatent dans la haie. Autour de deux carr\u00e9s de terre retourn\u00e9e, des p\u00e2querettes constellent l\u2019herbe. Compl\u00e8tent le tableau deux arbres au tronc noueux, solides, centenaires. Au milieu un \u00e9rable peut-\u00eatre, et au fond le grand ch\u00eane dont Victor Hugo planta le gland, assist\u00e9 de Tourtel, jardinier, le 14 juillet 1870, \u00e0 une heure de l\u2019apr\u00e8s-midi, en pr\u00e9sence de Charles, son fils, et de ses petits-enfants. Avant m\u00eame qu\u2019il germe, il lui donna le nom de Ch\u00eane des Etats-Unis d\u2019Europe. Il sortit de terre le 5 septembre, le jour-m\u00eame o\u00f9 l\u2019\u00e9crivain revenait \u00e0 Paris. En 1859, il avait refus\u00e9 l\u2019amnistie conc\u00e9d\u00e9e par le pouvoir imp\u00e9rial, s\u2019engageant \u00e0 partager \u00ab&nbsp;jusqu\u2019au bout l\u2019exil de la libert\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00e0 ne rentrer que lorsque la libert\u00e9 rentrerait. Il regardait la France, au bout de l\u2019horizon, depuis le banc de pierre o\u00f9 il venait s\u2019asseoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du haut de la maison, depuis ces combles en \u00ab&nbsp;look-out&nbsp;\u00bb o\u00f9 il \u00e9crivait, on voit un peu le jardin et beaucoup la mer. La maison n\u2019est pas sage. Elle d\u00e9borde d\u2019orgueil, regorge de bois sombre, se r\u00e9pand en tentures, en tapis, en murs carrel\u00e9s. Rien n\u2019est vide. Elle exhibe les dons faits par les visiteurs, elle est pleine de H, elle accumule les r\u00e9f\u00e9rences aux \u0153uvres, elle est programmatique, elle se veut h\u00e9ro\u00efque. Sur les panneaux des murs pousse une v\u00e9g\u00e9tation en fils de coton et de soie, corolles en \u00e9ventail d\u2019arbres imaginaires, feuilles rouges et dor\u00e9es, chinoiseries, dorures. Une faune d\u2019oiseaux y habite. Le mobilier en bois se recouvre de pampres, y grimpent les rinceaux, les rosaces, les fleurs, et \u00e0 la t\u00eate du lit de c\u00e9r\u00e9monie, des N\u00e9r\u00e9ides, d\u00e9esses psychopompes, pavanent sur leurs dauphins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Retour au jardin. Une mare est orn\u00e9e d\u2019une pauvre urne, bien laide, dont il faisait grand cas. Apport\u00e9e de Paris, le po\u00e8te la compare \u00e0 Versailles dans ses \u00e9crits \u2013 de son mince filet, fait jaillir les grandes eaux. Les arbres croissaient en libert\u00e9. Hugo souffrait qu\u2019une fleur soit cueillie. Si une branche se brisait sans se d\u00e9tacher, on la laissait, quitte \u00e0 devoir se baisser pour passer. Il croyait en dieu, en la m\u00e9tempsychose \u2013 c\u2019\u00e9tait un grand fou, aussi. Des chaises en fer, au dossier inclin\u00e9, au design d\u2019aujourd\u2019hui, sont offertes aux visiteur. Quelques tables aussi. Deux jeunes femmes sont assises \u00e0 la plus recul\u00e9e d\u2019entre elles, pr\u00e8s du Ch\u00eane symbolique. Rien ne les perturbe. Ni le vent l\u00e9ger qui provient de la mer, ni les touristes attendant leur tour de visite guid\u00e9e, dont le babil sait parfois donner un nom savant aux plantes. Elles \u00e9crivent. La t\u00eate en avant, le crayon \u00e0 la main, pench\u00e9es sur leur page, elles sont plong\u00e9es dans leurs propres mots &nbsp;: quelle plus belle image de la libert\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group is-nowrap is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-f56f613f wp-block-group-is-layout-flex\">\n\n<\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La fa\u00e7ade fait croire \u00e0 une maison sage. Du jardin \u00e9mane une tranquillit\u00e9 bourgeoise. 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