{"id":626,"date":"2024-07-18T17:12:55","date_gmt":"2024-07-18T15:12:55","guid":{"rendered":"https:\/\/laurehumbel.fr\/?p=626"},"modified":"2024-09-29T11:30:26","modified_gmt":"2024-09-29T09:30:26","slug":"via-medina","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/2024\/07\/18\/via-medina\/","title":{"rendered":"Via Medina"},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-preformatted\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);\">J'ai ouvert ce site, en mars 2024, avec un \"<a href=\"https:\/\/laurehumbel.fr\/index.php\/tous-les-articles-du-blog\/mars-2024-naples\/\" data-type=\"page\" data-id=\"155\">livre d'heures<\/a>\" d'un retour de Naples. Je reviens \u00e0 cette ville, j'y reviendrai.<\/pre>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><\/p>\n\n\n\n<p>Je prends la via Medina, j\u2019ai choisi de passer par l\u00e0, je veux revoir la via Medina. Elle est plus large que mon souvenir. Ce texte est \u00e0 double niveau car tandis que je marche via Medina, que j\u2019observe la via Medina, je veux me souvenir de ce qu\u2019est cette rue pour moi. C\u2019\u00e9tait mon adresse \u00e0 Naples. Quatre ou cinq fois par an j\u2019y posais mes valises. L\u2019h\u00f4tel a chang\u00e9 de nom, mais sa tour domine toujours le quartier de toute sa hideur. L\u2019entr\u00e9e est sous un portique gris, typiquement ann\u00e9es 70. Je n\u2019avais jamais vu \u2013 je ne me souviens pas d\u2019avoir jamais vu \u2013 qu\u2019au-dessus de ce pr\u00e9au m\u00e9tallique o\u00f9 nous d\u00e9posait le car en arrivant, se trouve un autre b\u00e2timent, comme des dominos de fen\u00eatre et de pierres.<\/p>\n\n\n\n<p>Je marche en face, je n\u2019ai peut-\u00eatre jamais march\u00e9 en face. Je marche non pas sur le trottoir d\u2019en face, sem\u00e9 d\u2019un champ de deux-roues en stationnement, non pas au bord du trottoir d\u2019en face, long\u00e9 par des voitures en stationnement, je marche au bord des voitures qui longent le trottoir d\u2019en face, sur l\u2019asphalte o\u00f9 glissent des v\u00e9hicules moins nombreux que via Armando Diaz ou corso Umberto I. J\u2019ai l\u2019habitude. Marseille est la petite s\u0153ur de Naples.<sup><a href=\"#note1\">1<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Quand je regarde l\u2019h\u00f4tel, il y a toujours \u00e0 sa droite la Questura, autre immeuble \u00e0 l\u2019architecture moderne, fashion fasciste des ann\u00e9es 20. La questura, c\u2019est le commissariat. Avant de sortir de l\u2019h\u00f4tel \u00e0 pied, je passais toujours ma troupe en revue. Un sac \u00e0 la main, une bandouli\u00e8re trop l\u00e2che, un appareil photo mal attach\u00e9, je renvoyais poser \u00e7a \u00e0 la chambre Un jour je n\u2019avais pas vu la pochette qu\u2019un client portait \u00e0 la main, avec une toute petite dragonne. Sur le bord de mer une vespa passa. L\u2019homme s\u2019accrocha et tomba, l\u00e2cha assez t\u00f4t pour se relever avec peu d\u2019\u00e9gratignures. Je l\u2019accompagnais porter plainte \u00e0 la Questura. Il me parla, au-del\u00e0 des billets en lires et des papiers d\u2019identit\u00e9, de son humiliation, vous comprenez, c\u2019est un peu comme une femme quand elle se fait violer. J\u2019aurais pu, j\u2019ai failli, je n\u2019ai pas t\u00e9moign\u00e9, \u00e0 peine ouvert la bouche pour protester, je n\u2019ai pas dit la diff\u00e9rence entre l\u2019atteinte au bien et l\u2019atteinte au corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Je d\u00e9tourne la t\u00eate de la Questura. Je l\u00e8ve le regard sur le bleu d\u00e9lav\u00e9 du parall\u00e8l\u00e9pip\u00e8de de mauvais b\u00e9ton, de mauvais rev\u00eatement qui r\u00e9siste au ciel et au temps au-dessus de la via Medina. Quand nous revenions de Capri, en s\u2019approchant sur le bateau, la tour de notre h\u00f4tel d\u00e9figurait Naples, je la comparais \u00e0 une verrue, une verrue sur le nez des vieux quartiers. \u00c0 l\u2019\u00e9poque on commen\u00e7ait \u00e0 peine \u00e0 construire le Centro Direzionale.<\/p>\n\n\n\n<p>Le long des voitures gar\u00e9es en bord du trottoir d\u2019en face, je longe une \u00e9glise baroque, dont je connais le nom, c\u2019\u00e9tait mon quartier je vous dis, je n\u2019ai besoin de consulter aucun site, aucune appli, je ne sais plus tr\u00e8s bien comment les rues parfois se raccordent les unes aux autres, leur orientation me surprend, mais j\u2019ai su, un jour, sans demander \u00e0 la r\u00e9ception ni regarder le plan, o\u00f9 \u00e9tait la pharmacie la plus proche. Elle existe toujours, et \u00e7a tombe bien ma compagne de voyage a besoin d\u2019un pansement, en passant nous nous y sommes arr\u00eat\u00e9es, juste avant d\u2019entrer dans la via Medina. Ce jour-l\u00e0 j\u2019y avais achet\u00e9 une paire de ciseaux \u00e0 ongles que j\u2019ai gard\u00e9e longtemps, comme le signe que je n\u2019\u00e9tais pas tout \u00e0 fait une \u00e9trang\u00e8re dans cette ville.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9glise, donc, s\u2019appelle la Piet\u00e0 dei Turchini. L\u2019immeuble d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, avec ses colonnes autour du haut portail, son rez-de-chauss\u00e9e, son entresol et puis ses trois \u00e9tages tr\u00e8s classiquement rythm\u00e9s de pilastres couleur caf\u00e9 au lait sur une fa\u00e7ade cr\u00e8me, n\u2019est qu\u2019un sp\u00e9cimen bourgeois, une immeuble de rapport fa\u00e7on 1900. J\u2019aurais dit, en souvenir, que c\u2019\u00e9tait une institution charitable, mais n\u00e9anmoins int\u00e9ress\u00e9e, une de celles qui \u00e9levaient les orphelins en chanteurs d\u2019op\u00e9ra, ici on les v\u00eatait d\u2019un habit bleu turquoise, la Piet\u00e0 dei Turchini. Peut-\u00eatre que ceci a remplac\u00e9 cela au temps de la dynastie de Savoie. Un peu plus loin une ruelle descend en escalier sur la gauche, encadr\u00e9e de rouge bourbonien sur des murs fatigu\u00e9s. Au fond elle oblique \u00e0 droite, de sorte que l\u2019on n\u2019en voie pas le d\u00e9bouch\u00e9. L\u2019\u00e9glise jaune aux moulures exag\u00e9r\u00e9es qui \u00e9pouse la courbure est un d\u00e9cor parfait. Un panneau nous indique que le th\u00e9\u00e2tre San Bartolomeo n\u2019est plus, que c\u2019\u00e9tait le plus grand de Naples, que Pergol\u00e8se y fit ses d\u00e9buts.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous traversons. Nous avons largement d\u00e9pass\u00e9 l\u2019h\u00f4tel dont la laideur ne peut rien enlever au monde que j\u2019ai refait, plusieurs fois, jusque tard, au bar, au rez-de-chauss\u00e9e, avec des coll\u00e8gues comme moi de passage, et qu\u2019ils sont devenus des amis. Nous traversons parce que je suis venue pour voir les \u00e9glises gothiques de Naples, que je n\u2019irai cette fois ni au Ges\u00f9 Nuovo, ni au mus\u00e9e arch\u00e9ologique, ni m\u00eame \u00e0 San Martino. Et l\u00e0, en contrebas, \u00e0 hauteur du XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, \u00e0 un niveau \u00e0 demi enfoui par le sol que je foule aujourd\u2019hui, se trouve l\u2019Incoronata. En travaux, les \u00e9chafaudages nous privent d\u2019y entrer. Je l\u2019avais visit\u00e9e, seule, autrefois, en dehors du programme que je devais respecter pour que les clients du groupe voient tout ce pour quoi ils avaient pay\u00e9, souvent j\u2019ajoutais une visite par ci, une surprise par l\u00e0, mais l\u2019Incoronata, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019h\u00f4tel, c\u2019\u00e9tait pour moi, comme le caf\u00e9 au petit matin, avant que les touristes n\u2019arrivent, avec le chauffeur du car et le patron de l\u2019agence locale, au bar \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019h\u00f4tel. Je n\u2019ai pas vu, en passant, s\u2019il \u00e9tait toujours l\u00e0, ce petit \u00e9tablissement. Je regarderai Streetview.<sup><a href=\"#note2\">2<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Je poursuis la rue Medina et je n\u2019ai plus rien \u00e0 relever que quelques voitures, des fa\u00e7ades pareilles, des \u00e9chafaudages encore, la ville se refait une beaut\u00e9, je ne me souvenais pas que la rue \u00e9tait si longue avant de d\u00e9boucher sur la grande place de la mairie, piazza Municipio, qui m\u00e8ne au ch\u00e2teau fort, qui m\u00e8ne aux palissades autour des fouilles du ch\u00e2teau, \u00e0 la station de m\u00e9tro, plus loin \u00e0 l\u2019embarcad\u00e8re, au molo Beverello. Ils ont trouv\u00e9 ici, comme \u00e0 Marseille, des \u00e9paves de bateaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Piazza Municipio, au d\u00e9bouch\u00e9 de via Medina, on est en train d\u2019installer une \u0153uvre de Pistoletto, la <em>V\u00e9nus aux chiffons<\/em> : une statue immense et blanche, fa\u00e7on mus\u00e9e d\u2019antiquit\u00e9, amassant devant elle de vrais bouts de tissu. L\u2019armature qui lui monte jusqu\u2019\u00e0 hauteur de front n\u2019est pas encore enti\u00e8rement recouverte de ces guenilles multicolores.<a href=\"#note3\"><sup>3<\/sup><\/a> Je me souviens d\u2019avoir d\u00e9couvert cette \u0153uvre en version r\u00e9duite, au ch\u00e2teau de Rivoli, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Turin. La retrouver ici, c\u2019est un accomplissement. Je suis revenue via Medina. Je le savais : ce n\u2019est pas pour rien.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"note1\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);\"><strong>1.<\/strong> Marseille fut fond\u00e9e par des gens de Phoc\u00e9e en 600 avant J.-C. A Naples, les gens de Cumes install\u00e8rent d\u00e8s le VIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle un premier noyau, sous le nom de Parth\u00e9nop\u00e9. La ville fut refond\u00e9e de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du port \u00e0 la fin du VI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle sous le nom de Neapolis, qui a donn\u00e9 Naples, et que l\u2019on peut traduire par Villeneuve. C\u2019est le damier des vieux quartiers d\u2019aujourd\u2019hui, de piazza Bellini \u00e0 porta Capuana. La via Medina est <em>fuori mura<\/em>. Peut-\u00eatre m\u00eame la mer s\u2019\u00e9tendait-elle alors jusque l\u00e0. Quoiqu\u2019il en soit, Marseille est la petite soeur de Naples, car Naples est capitale, car Naples est monde, car Naples est tout et encore plus, le possible et l\u2019inimagin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"note2\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);\"><strong>2.<\/strong> Il y a bien sur Streetview un caf\u00e9 Medina Bistrot, devant lequel stationnent des taxis. A l\u2019\u00e9poque il aurait pu y avoir, assis \u00e0 l\u2019une des deux tables de la terrasse, sous un parasol blanc, la m\u00eame silhouette bedonnante en costume bleu nuit ; il n\u2019aurait pas port\u00e9 son t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 l\u2019oreille ; mais peut-\u00eatre une cigarette \u00e0 ses l\u00e8vres.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"note3\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);\"><strong>3.<\/strong> L&rsquo;\u0153uvre de Michelangelo Pistoletto a \u00e9t\u00e9 incendi\u00e9e tout de suite apr\u00e8s son installation piazza Municipio, en juillet 2023. Ce que je vois, le 2 mars 2024, c&rsquo;est la fin du montage de la nouvelle V\u00e9nus, refabriqu\u00e9e en mat\u00e9riaux ignifug\u00e9e, et inaugur\u00e9e quelques jours apr\u00e8s mon passage, le 6 mars.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group is-nowrap is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-6c531013 wp-block-group-is-layout-flex\">\n\n\n<p id=\"fin\"><\/p>\n\n\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-jetpack-subscriptions__supports-newline wp-block-jetpack-subscriptions\">\n\t\t<div>\n\t\t\t<div>\n\t\t\t\t<div>\n\t\t\t\t\t<p >\n\t\t\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/laurehumbel.fr\/?post_type=post&#038;p=626\" style=\"font-size: 16px;padding: 15px 23px 15px 23px;margin: 0; margin-left: 10px;border-radius: 0px;border-width: 1px; background-color: #113AF5; color: #FFFFFF; text-decoration: none; white-space: nowrap; margin-left: 0\">Abonnez-vous<\/a>\n\t\t\t\t\t<\/p>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai ouvert ce site, en mars 2024, avec un \u00ab\u00a0livre d&rsquo;heures\u00a0\u00bb d&rsquo;un retour de Naples. 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