Carnet de choses absurdes, 149-163
149. Pause
150. Est-ce le printemps ?
151. Ce qui me paraît aujourd’hui absurde, c’est de m’étonner de ne voir autour de mois que des choses qui n’ont aucun sens.
152. Pourquoi une masse sphérique tournant autour d’un soleil dans une galaxie périphérique de l’univers devrait-elle être porteuse de sens ?
153. L’atmosphère ?
154. Ce qui me paraît absurde, c’est de ne plus chercher autour de moi que des motifs d’angoisse.
155. Un serpent à sonnettes, un ver luisant une chouette capable de tourner la tête jusque derrière son dos, sont-elles moins absurdes? Les merveilles de la nature n’ont pas besoin de revêtir une quelconque signification pour être des merveilles.
156. J’ai soif d’émerveillement.
157. Pourtant les guerres.
158. Pourtant le soif de pouvoir.
159. Pourtant l’épuisement des ressources naturelles.
160. Pourtant ceux qui gravissent mieux les échelons car ils aiment écraser les autres.
161. Pourtant les personnes qui se filment en continu, même dans le métro, sans s’étonner elles-mêmes de l’absurdité de ce drôle de réflexe.
162. Si j’étais vraiment pessimiste, j’écrirais des choses qui font rire.
163. « L’enfer des vivants n’est pas une chose du futur : s’il existe, c’est celui que nous habitons déjà ici, tous les jours, l’enfer que nous formons tous ensemble. Il y a deux façons de ne pas en souffrir. La première est facile et beaucoup s’en accomodent : accepter l’enfer et en devenir un élément au point de ne plus le voir. La seconde est risquée et demande une attention et un apprentissage permanents : chercher et savoir reconnaître ce qui, au milieu de l’enfer, n’est pas enfer, et le faire durer, et lui laisser de la place. » Italo Calvino, Les villes invisibles
..choses absurdes, à suivre…
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