Guernesey, 2
Le cerveau est un organe étrange, qui garde des réflexes contre l’évidence.
J’ai téléchargé Les Travailleurs de la mer sur ma liseuse, mais n’en commencerai la lecture que le lendemain, à la Bibliothèque Guille-Allès. Mes compagnes de voyage ont lu le roman avant le départ et veulent découvrir Saint-Sampson où vit le héros, Gilliat. En sortant de l’hôtel, nous apercevons au large l’île de Herm et, loin dans la lumière grise, Sercq. La marée dénude des rochers noirs et gluants qui luisent au soleil. Les cheminées d’usine de Saint-Sampson se dressent sur notre gauche, plus loin sur le rivage. Nous avisons un arrêt de bus juste en face de nous. Pour traverser, nous sommes attentives à bien regarder d’abord à droite, puis à gauche, car ici les voitures circulent à gauche de la chaussée. On le sait. Nous attendons le bus. Les voitures passent. Elles roulent à gauche. On le sait. On le voit. Et nous sommes trois.
Or quel n’est pas notre étonnement de voir arriver le bus qui nous aurait emmenées à Saint-Sampson de l’autre côté de la route ; il nous aurait fallu attendre sur le trottoir d’en face.
Bien sûr.
Il ne reste plus qu’à traverser et attendre le suivant.

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