l’orfèvre

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La princesse s’est fait voler son plus beau bijou ; et ne peut pas se retourner dans sa tombe, gisant dans la vitrine d’un musée.

Son torque, dérobé. Bien plus qu’un collier, l’emblême de son pouvoir, traité en vulgaire butin par d’audacieux égoïstes.

480 grammes, au cours de l’or, valent plus de cinquante mille euros.

De son vivant, dans son palais du mont Lassois, se faisait-elle plumer par ses femmes de chambre ? Le vol domestique de bijoux, un classique, un poncif, un indispensable dans tout récit qui met en jeu les classes sociales. Épatante la notion de bijou de famille, parce que l’objet se voit chargé d’un surcroît de valeur, sentimentale, quand bien même qui le possède ne l’a pas mérité, ne s’est souvent donné que la peine de naître et d’hériter. Au moins, dépouiller autrui implique une prise de risque. La propriété, c’est le vol ? Or maintenant que le voleur est devenu propriétaire, quelle considération mérite-t-il ?

Le vol de vendredi est différent, car il ne lèse pas un simple particulier, mais affecte quiconque entre dans le musée, tous les curieux du passé, et ceux qui pourraient, un jour, peut-être, avoir des enfants passionnés du monde celtique. Le torque de la princesse est à moi autant qu’à vous. Les archéologues sont des Robin des Bois.

Le torque fut fabriqué peut-être exprès pour elle. Qui a choisi les motifs ?

J’ai achevé dans la semaine un manuscrit, qui a pour titre « Vix ». Je ne cherche pas de signes dans la lecture des quotidiens. Quand même, à quelques jours près, un point final et un larcin dans la même ville de Châtillon-sur-Seine, quel sens cela revêt-il ?

C’est plutôt l’absurde qui enserre ma pensée, d’être privée de l’idée même que je pourrais un jour revoir ce collier.

Imagine-t-on un collectionneur commanditer son coup, puis avoir des remords ? Si la beauté de la parure n’est pas déjà fondue en lingot – avec les boules fermant l’arrondi du jonc à ses extrémités en pattes de félin – n’est déjà plus qu’un poids de métal précieux, et les merveilleux petits chevaux ailés, sur leur socle filigrané, envolés à jamais.

Est-ce qu’en soi l’or est absurde ?

L’orfèvre, l’artisan, où est-il enterré?

C’est à lui que je pense, et à l’esclave des mines.

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